Affaires de femme, femmes d'affaires

Affaires de femme, femmes d'affaires

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Credal, une coopérative de crédit alternatif créée il y a une trentaine d’années, développe aussi des activités de conseil et de formation. Parmi celles-ci, depuis 2009, le projet «  », qui accompagne gratuitement les femmes qui désirent créer leur propre entreprise. Interview avec Marie Ledent...

Quand et pourquoi ce projet ?

Marie Ledent:« AFFA est né dans le département microcrédit de Crédal qui propose depuis 2001 du financement aux petits indépendants qui démarrent leur activité et ont du mal à trouver les crédits dont ils ont besoin; et depuis 2004 aux gens en général qui ont besoin d’un coup de pouce financier dans leur quotidien. Exemple typique, la personne qui habite dans endroit mal desservi par les transports en commun et a besoin d'un crédit pour acheter une voiture d'occasion.

Mais très vite, je dirais vers 2004-2005, nous avons commencé à nous interroger sur l'entrepreneuriat féminin. Le constat était que plus d'hommes venaient nous voir avec une demande de microcrédit alors que très/trop souvent on lie cette formule à l'entrepreneuriat féminin. Comme les études montrent que les femmes ont grosso modo la même envie que les hommes de créer leur petite entreprise et qu'elles sont encore minoritaires chez les indépendants (70% d'hommes, 30% de femmes), on s'est dit qu'il fallait faire quelque chose, et c'est  « Affaire de Femmes, Femmes d'Affaires ». J’ajoute que ce concept a été lancé par Crédal en 2005 comme un projet pilote avec plusieurs organisations (Vie Féminine, Unizo, Hefboom et Stebo) mais que le Crédal est le seul opérateur depuis 2009.»

Le concept

Marie Ledent: « Le Crédal aide les femmes qui sont au tout début de leur parcours de création d'entreprise. On intervient en amont du plan d'affaires puisque nous nous adressons aux femmes qui se disent « j'ai une idée d'entreprise, j'aimerais bien faire quelque chose, mais j'hésite encore, je ne sais pas si ce projet tient la route, si j'ai les compétences nécessaires, s'il sera rentable, si c’est vraiment ça que je veux faire, etc.’’ Eh bien, nous on est là pour leur donner des outils, pour les aider à vérifier la faisabilité et la rentabilité du projet, pour les aider à mettre en place un plan d'actions qui leur permette de le concrétiser ou le cas échéant de rebondir vers autre chose.»

La formule

Marie Ledent: « Affaires de Femmes, Femmes d’Affaires est un programme de formation et d'accompagnement qui propose sur 3 mois intensifs, 17 journées d'atelier animés par des formateurs spécialisés et eux-mêmes indépendants, du travail de recherche en individuel sur le terrain et des moments en sous-groupes et en individuel pour approfondir une question et/ou faire le point sur l'avancement de leur projet avec un professionnel de la création d’entreprise.

Au-delà de l’étude de marché et du plan financier, ce programme permet aussi de se mettre au clair par rapport à des questions comme la conciliation vie privée-vie professionnelle, son rapport à l’argent et à l’ambition, sa façon de communiquer sur soi et son projet, etc. L'expérience nous montre que ce travail non seulement leur apporte un soutien que peut-être elles ne trouvent pas dans leur entourage mais qu’ il crée aussi une solidarité qui va vivre bien au-delà des trois mois de formation. D'où la naissance en 2012 du réseau  « Affaire de Femmes,Femmes d'Affaires ».

Pour en revenir à notre programme, l'idée est d'arriver à ce que ces femmes esquissent elles-mêmes ce que j'appellerais un canevas de business plan, qu'elles valideront au fur et à mesure avec leurs formateurs et accompagnateurs. Au bout des trois mois, elles auront en fait suffisamment d'éléments pour répondre à des questions essentielles: est-ce que je suis la bonne personne pour ce projet ? Ce projet a-t-il sa place sur le marché c'est-à-dire, y a-t-il une clientèle potentielle et la capacité de se distinguer de la concurrence? Le projet  est-il finançable? Pourrais-je atteindre mon seuil de rentabilité et  vivre de mon activité ?  Sur cette base, les participantes pourront faire un choix : se lancer ou se réorienter. Quel que soit ce choix, elles pourront mettre en place un plan d’actions pour le concrétiser»

Le public-cible

Marie Ledent: «A Bruxelles, nous organisons deux sessions par an. Ces sessions sont financées par Actiris et le Fonds Social Européens qui fixent le public prioritaire de la façon suivante : les femmes inscrites comme demandeuses d’emploi auprès d’Actiris et domiciliées en Région Bruxelloise pour autant qu’elles répondent à au moins d’un des critères suivant :

  • ne pas avoir un diplôme qui dépasse le secondaire supérieur, 
  • avoir  plus de 2 ans de chômage, 
  • avoir plus de 45 ans, 
  • être bénéficiaire du revenu d’intégration sociale ou être de nationalité étrangère. 

Nous avons cependant quelques places pour les femmes qui ne correspondent pas à ces critères.

Nous avons aussi un soutien financier de l’EFPME (le centre de formation des classes moyennes pour les accès à la gestion et accès à la profession). Nous proposons également ce parcours dans différentes villes de la Région wallonne avec d’autres critères d’accès.  A Bruxelles, nos formations sont organisées à l'EFPME pour ce qui est des ateliers. En revanche, les entretiens individuels se déroulent dans notre antenne au centre Dansaert. D’une manière générale, les femmes qui participent à notre programme ont entre 30 et 40 ans avec - pour 60% d'entre elles - un diplôme du secondaire supérieur au moins, 60 % vivent en couple avec ou sans enfants. Là aussi il y a une grande diversité de profils. »

Les résultats

Marie Ledent: «En règle générale, dans l'année qui suit leur passage chez nous, 20% des femmes vont effectivement lancer leur projet; 20% d'entre elles vont retrouver un emploi, et 20% vont tester leur projet grandeur nature dans une coopérative d'activité du type « JobYourSelf ». A Bruxelles, l'an passé, 28 femmes se sont inscrites à nos sessions. Nous avons aussi organisé 6 séances d’informations auxquelles ont participé 88 femmes (sur 143 inscrites) et reçu en entretien d’orientation 48 femmes (sur 56 inscrites). Ce travail  d’informations et d’orientation est nécessaire pour permettre aux candidates entrepreneures de trouver le dispositif qui correspond à leur besoin d’accompagnement. Toutes n’ont pas besoin de passer par AFFA. »

Des surprises?

Marie Ledent: « Les projets qui nous sont soumis sont d'une très grande variété mais ce qu'on voit nettement au travers de cette diversité, c'est la volonté d'entreprendre autrement. Les femmes que nous suivons désirent intégrer une dimension sociale et éthique dans leur démarche, par exemple dans le choix des fournisseurs, dans leur politique de prix, dans leur façon d’aborder la concurrence. Je pense qu’il y a là matière à réflexion pour l’ensemble des entrepreneurs. 

Il y a des projets très originaux comme la création d’une maison d'édition de guides de voyage pour enfants,  le vadrouilleur. Il y a aussi des profils plus atypiques comme cette femme qui voulait s'installer comme charpentière. Elle a testé son projet puis, finalement, décidé de ne pas se lancer mais elle travaille toujours dans le domaine de la construction. »

Plus d'informations?

Crédal Antenne Bruxelles (uniquement sur rendez-vous)

Centre Dansaert
Rue d'Alost, 7
1000 Bruxelles

Tél. : Microcrédit 02/213 38 04

 

 

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