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Pour CYCAD, cela roule sur des bambous

Une fois n’est pas coutume, voici l’histoire d’une aventure entrepreneuriale résolument bruxelloise qui a commencé aux Philippines. Plus précisément en 2011 quand Nars Gumangan, un jeune anthropologue philippin passé maître dans l’art de fabriquer des cadres de vélo en bambou, offre l’une de ses créations à Perrine Collin, ingénieure agronome bruxelloise installée sur place. Et ce qui ne gâte rien, c’est aussi l’histoire d’un modèle économique qui a prouvé sa pertinence en ces temps de COVID-19.

« Aux Philippines, travailler le bambou n’a rien d’original », explique Perrine Collin.

« C’est un matériau très intéressant en termes de durabilité, léger, transversalement aussi solide que l’acier et en plus il s’agit d’une fibre naturelle flexible, capable d’absorber les chocs, donc parfaite pour entrer dans la fabrication des cadres de vélo. En plus, Nars possède l’expertise nécessaire pour en faire quelque chose de très beau et design. Et puis le bambou pousse aussi très bien sous nos latitudes. »

Un produit innovant qui répond aux besoins du client

Le jeune couple ne tarde pas en effet à rejoindre la Belgique où Nars Gumangan devient coursier à vélo tout en continuant à fabriquer des cadres de vélo en bambou pour son propre usage et celui de ses proches. « C’est sa passion », observe Perrine qui raconte:

« Le petit réseau qu’il avait réussi à se créer dans son milieu professionnel a fait naître l’idée de commercialiser ses vélos en bambou. Nous nous sommes alors demandé de quoi les Bruxellois ont vraiment besoin en matière de déplacement. La réponse s’est rapidement imposée: un moyen de locomotion pratique dont ils soient libres de disposer comme ils l’entendent, bref un vélo en location longue durée. Nous avons donc revu notre modèle dans ce sens pour aboutir en juillet 2017 au modèle CYCAD tel qu’il est aujourd’hui. »

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Un concept local, durable, dynamisant

Un modèle pour le moins original comme le confirme Perrine: « Nous sommes effectivement les seuls dans notre créneau à Bruxelles ! Certains importent des vélos en bambou d’Asie ou d’Afrique où ils sont souvent fabriqués dans le cadre de programmes de développement, et pour ce qui est de la location proprement dite, nous n’avons dans la capitale qu’un concurrent néerlandais qui offre les mêmes services que nous mais avec des vélos traditionnels, classiques. »

Ce concept est parfaitement en adéquation avec les valeurs du couple: « S’il avait fallu faire de l’import de vélos comme il en a été un moment question, on aurait déjà abandonné car redynamiser l’économie locale, créer un produit circulaire n’aurait pas été à l’ordre du jour », explique Perrine qui note en outre que le modèle de CYCAD privilégiant la production locale lui a permis de faire face à la crise du COVID-19: « Nous avons rencontré peu de difficulté dans notre activité. Cette crise nous a montré l’importance de maîtriser localement les cycles de production et de baser notre modèle sur une autre logique que la logique de volume. »

Une parfaite adéquation avec les besoins de la clientèle

Concrètement, les clients de CYCAD disposent d‘un vélo comme s’il était le leur. La plupart du temps électrique, il est adapté à leurs besoins de cyclistes urbains avec un cadre beaucoup plus compact, une roue avant petite pour tourner beaucoup plus facilement, une roue arrière plus grande pour maintenir la vitesse, des pneus plus larges que les rails de tram et un panier à l’avant. Un "long tail" permettant l’installation de deux enfants ou d’un cargo est même disponible. CYCAD se charge de l’entretien, des réparations et de tous les autres problèmes qui pourraient survenir.

L’idée a fait mouche… avant même la finalisation du projet puisque la première cliente de CYCAD, enthousiaste, a accepté d’attendre plusieurs mois la livraison de son vélo. « Nous ne nous attendions pas à un tel démarrage », sourit Perrine.

Quand la crise du COVID-19 démontre la pertinence d’un concept

La jeune femme ne s’attendait pas non plus à l’irruption de la crise du COVID-19 dans l’existence de CYCAD et à ses conséquences favorables pour le développement de la jeune entreprise. « La limitation des déplacements non essentiels et la généralisation du télétravail ont incité de nombreuses personnes à tenter l’expérience du vélo électrique », analyse-t-elle.

« Une location pour un mois ou deux leur a semblé une formule idéale pour cette première tentative. Nous avons donc enregistré une augmentation importante des demandes. Si une personne sur deux poursuit l’expérience au-delà de sa première location, le pari est gagné. Et de toute façon, un vélo qui rentre chez nous en fin de contrat repart presqu’aussitôt. Parallèlement, nous avons aussi beaucoup été sollicités pour des réparations à des vélos traditionnels que leurs propriétaires ont ressortis en raison des circonstances. » 

Plus que jamais rester à l’écoute du client

Pas question pourtant pour CYCAD de se développer de manière anarchique comme l’explique Perrine: « Nous avons choisi de ne pas grandir trop vite pour conforter nos bases mais aussi pour rester très proches de nos clients. Cette relation humaine est en effet ce qui me plaît dans l’entrepreneuriat. J’aime discuter avec nos utilisateurs, comprendre leurs problèmes et y apporter une solution. Nous leur avons par exemple offert la location du mois de mars, conscients que beaucoup d’entre eux étaient beaucoup plus impactés par la crise que nous pour qui les choses ont rapidement repris leur cours normal. Cela a certainement beaucoup joué dans notre succès de ces dernières semaines et nous comptons évidemment poursuivre dans cette voie. Aux investisseurs qui nous approchent, je réponds que nous ne sommes pas une licorne, nous sommes le zèbre. Nous sommes là pour tenir sur la longueur et nous tiendrons.»

Des aides de différentes natures

Pour autant, le passage à l’entrepreneuriat a été une étape délicate pour le couple: Nars a conservé son emploi salarié pendant plus d’un an, histoire d’assurer les arrières financiers de la famille, et Perrine ne fait pas mystère de ses angoisses.

Pourtant, la jeune femme a parfaitement endossé le costume de chef d’entreprise et a même fait un excellent usage des nombreuses aides disponibles comme elle le détaille: « Grâce à la fonction que j’avais occupée précédemment à l’UCM, je possédais déjà une très bonne connaissance de tous les accompagnements. Les outils disponibles sont nombreux mais j’aspirais à plus de concret. Le 1819 est justement un point de contact très efficace pour répondre à une foule de questions pratiques. Au tout début, j’ai aussi suivi des formations du type ‘Créer mon entreprise en dix étapes’ et utilisé les ressources de Solvay Entrepreneurs. J’ai également eu beaucoup de contacts avec le cluster Circle Made de hub.brussels. Nous avons obtenu de BeCircular une aide pour les batteries qui nous a été bien utile pour faire décoller l’activité, augmenter l’échelle, permettre à Nars de s’y consacrer à temps plein. Autre soutien important, celui fourni par les réseaux. Nous faisons partie du Réseau Entreprendre et du cluster Circle Made, un cluster qui possède une belle dynamique avec un véritable désir d’efficacité et de concret précieux pour ses membres qui sont tous plus ou moins dans l’innovation

L’entrepreneuriat à l’épreuve du quotidien

Autant dire que Perrine et Nars ont déjà eu le temps de se faire une idée précise des avantages et inconvénients du statut d’entrepreneur, une expérience que la jeune femme tient à partager même si les derniers événements ont contribué à les conforter dans leurs choix: « Ce n’est pas le statut le plus confortable. Je ne sais pas si je le conseillerais à tout le monde. Ceux qui affirment que c’est super oublient de raconter combien ils stressent. Mais à ceux qui veulent se lancer, je leur conseillerais de bien se préparer au niveau administratif ainsi qu’en matière de chiffres pour avoir une idée précise de vers quoi ils vont. Et surtout, qu’ils ne tardent pas à démarcher leurs premiers clients. Mieux vaut ne pas arriver sur le marché avec un produit très bien développé mais qui n’a pas été testé auprès du public, dont on ne sait pas si cela va plaire. »

Interview: Catherine Aerts

« À ceux qui veulent se lancer, je leur conseillerais de bien se préparer au niveau administratif ainsi que financier pour avoir une idée précise de leur objectif. Et surtout, qu’ils ne tardent pas à démarcher leurs premiers clients. Mieux vaut ne pas arriver sur le marché avec un produit bien développé mais qui n’a pas été testé auprès du public. »

Perrine Collin

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