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reSTART : et si on parlait faillite pour mieux rebondir ?

Cela fait maintenant un peu plus de trois ans que BECI et la Région bruxelloise se sont alliées pour accompagner les entrepreneurs bruxellois victimes d’une faillite, et pour les aider à rebondir. Leur outil : le programme reSTART piloté par Eric Vanden Bemden, un homme de terrain qui sait de quoi il parle et qui nourrit une grande empathie envers ceux qui ont été contraints de déposer le bilan.

« Vous n’imaginez pas à quel point une faillite est violente », assène d’entrée de jeu ce kiné-ostéopathe de formation passé lui-même par la case dépôt de bilan avant de prendre les rênes du programme reSTART chez BECI.

La fatalité des trois D

«À propos de faillite, on parle souvent des trois D : Dette, Divorce et Dépression. Les personnes que je rencontre sont souvent passées par ces trois étapes. Elles ont réinjecté de l’argent dans leur affaire, se sont endettées croyant s’en sortir, mais ont tout perdu, leur entreprise, leur maison, leur voiture, leur famille même, et éprouvent un grand sentiment de culpabilité et d’isolement. Cela peut aller jusqu’à des idées suicidaires. » Une entrepreneuse passée par le programme reSTART confirme : « Les gens autour de nous n’ont pas connu la même expérience que nous. C’est donc très, très compliqué parce qu’ils ne nous comprennent pas. »

La faillite, un événement pas si exceptionnel

Pourtant, malgré son caractère confidentiel, voire même tabou, cet accident de parcours professionnel est une réalité beaucoup plus répandue qu’il y paraît à Bruxelles. Avant la pandémie de coronavirus, on y dénombrait plus de 3.000 faillites par an en moyenne. Et la crise que nous vivons actuellement fait craindre d’ici quelques semaines ou quelques mois une explosion des dépôts de bilan. Un dispositif d’aide et de soutien aux entrepreneurs bruxellois faillis tel que reSTART prend donc tout son sens et a déjà largement prouvé son efficacité même s’il ne bénéficie pas (encore ?) de toute la publicité que son coordinateur estimerait nécessaire.

Profil de reSTARTER

Depuis 2017, Eric Vanden Bemden a épaulé près de 200 chefs d’entreprises bruxellois confrontés à un dépôt de bilan, une liquidation, une faillite ou une fermeture d’entreprise. «Il faut qu’il y ait vraiment une brisure dans l’activité professionnelle », détaille-t-il. «Le profil de l’entrepreneur que nous accompagnons est une personne d’une quarantaine d’années ou plus qui a mis toute son énergie dans son projet mais a finalement dû jeter l’éponge. Je me focalise sur les petits entrepreneurs, les gérants d’entreprise avec quelques collaborateurs, des commerçants, des petits indépendants et de plus en plus de professions libérales. Chaque année, je mets sur pied plusieurs promotions d’une dizaine de personnes, nos ‘reSTARTERS’, qui ont toutes connu le même type de difficultés et avec lesquelles nous travaillons beaucoup en groupe. »

Quatre à cinq mois d‘accompagnement

L’accompagnement, qui commence par un test de personnalité « parce qu’il est important de savoir qui l’on est, de connaître ses points forts et ses lacunes », précise Eric Vanden Bemden, est entièrement gratuit pour les participants. Il dure quatre à cinq mois durant lesquels les reSTARTERS sont invités à s’exprimer, communiquer, échanger, s’écouter et partager selon le principe des alcooliques anonymes. Ils bénéficient en outre de coachings collectifs dispensés par des coaches professionnels, de différentes formations de développement personnel ainsi que de cours plus techniques allant du marketing digital aux financements et aux aides en Région bruxelloise avec bien sûr le concours du 1819, et de cinq séances de coaching individuel gracieusement offertes par les coaches d’EMCC Belgium. Soit un total d’environ 80 heures de suivi et un budget de 2.500 à 3.000 € par reSTARTER. Ce programme regroupe beaucoup de ressources différentes, des accompagnateurs, des formateurs, des intervenants, des experts.

La vie devant soi

Les reSTARTERS tirent un grand profit de cet accompagnement comme en témoigne ce membre d’une récente promotion : « On nous a appris des choses très importantes pour la reconstruction de notre avenir, à envisager le futur positivement avec beaucoup d’optimisme » alors que cet autre résume « reSTART m’a permis d’avancer et de tourner définitivement la page. »

Le jeu en vaut donc incontestablement la chandelle pour Eric Vanden Bemden qui précise : «Au bout de deux mois déjà, les participants sont transformés et les perspectives de rebond s’avèrent plus qu’encourageantes. » En effet le suivi ne s’arrête pas brutalement au terme des cinq mois d’accompagnement de reSTART. Les participants qui ont décidé de tourner la page de l’entreprise sont dirigés vers Team4job soutenu par Actiris où ils pourront bénéficier de l’aide d’un mentor pour réintégrer le monde de l’emploi salarié. Ceux qui désirent retenter l’expérience de l’entrepreneuriat se voient proposer un accompagnement chez BECI en compagnie d’autres starters où ils vont aborder l’aspect purement business de leur nouveau projet, le business plan, le plan financier, etc.

C’est ainsi que 50% des reSTARTERS des promotions 2019 ont retrouvé une activité professionnelle. Parmi eux, la moitié a renoué avec l’entrepreneuriat et l’autre moitié a opté pour un emploi salarié, définitivement ou temporairement en attendant de finaliser un nouveau projet entrepreneurial. De quoi conforter Eric Vanden Bemden dans sa conviction qu’«aujourd’hui, il est primordial de bien se former, de bien s’informer » et qu’«une faillite n’est pas une fin en soi, mais une étape d’une carrière professionnelle, une expérience. »

L’impact du covid-19

Dans les mois qui viennent, la crise du coronavirus ne manquera pas d’influencer le fonctionnement de reSTART sur le plan pratique très probablement avec une refonte du rythme de travail et le recours à la vidéoconférence, mais aussi en matière de profil des participants comme le pointe notre interlocuteur : «Nous avons récemment accueilli les premiers restaurateurs dont les affaires tournaient bien avant la crise, mais qui ont dû se résoudre à arrêter les frais en septembre. Jusqu’ici, nous avions surtout affaire à des entrepreneurs handicapés par leurs difficultés d’adaptation aux dernières évolutions technologiques et pétris de culpabilité. Désormais nous voyons arriver des chefs d’entreprise confrontés à un fait accompli totalement indépendant de leur volonté qui ressentent moins de culpabilité, de stress. Ils expriment d’autres besoins tels que celui de redémarrer plus vite, de trouver des financements pour relancer un business qui tout compte fait était sain. »

Bienvenue à tous

Beaucoup trop de reSTARTERS potentiels passent encore sous les radars au goût d’Eric Vanden Bemden. Après l’échec de leur projet, nombreux en effet sont ceux qui préfèrent tirer un trait sur cet épisode de leur vie professionnelle, changent d’adresse, de coordonnées, voire (re)partent à l’étranger. Pour faire largement connaitre toutes les ressources de reSTART, le coordinateur du programme fait donc appel à ceux qu’il désigne comme ses ‘ambassadeurs’, à des prescripteurs tels que les curateurs et le tribunal d’entreprise, les bureaux d’avocats, les comptables, les assistants sociaux des CPAS, Actiris et bien sûr le CED (Centre d’entreprises en difficulté de BECI) auquel plus de mille entrepreneurs avaient recours chaque année avant la pandémie, ainsi qu’à d’anciens reSTARTERS.

En effet, on ne répétera jamais assez que pour un entrepreneur qui a clôturé son activité, fait aveu de faillite ou liquidé son entreprise et est domicilié à Bruxelles ou y a eu son siège social, intégrer une promotion de reSTART n’est pas bien compliqué : il lui suffit de remplir le dossier d’adhésion online et d’attendre le verdict du comité de sélection particulièrement bienveillant. Une procédure et un programme qui ont déjà permis à de nombreux chefs d’entreprise bruxellois de remplacer le mot ‘faillite’ par le mot ‘rebond’ comme le résume joliment l’un d’entre eux.

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Article rédigé par Catherine Aerts

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