Réussir son entreprise: BC Architects & Studies, les mousquetaires de l’architecture

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Comme les héros d’Alexandre Dumas, ils sont quatre. Unis par une indéfectible amitié et animés par des convictions profondes. Mais bien dans leur époque, ils ont troqué la rapière contre le crayon et l’ordinateur, et ont établi leur quartier général dans le vaste complexe du TIR à côté de Tour & Taxis. Nicolas Coeckelberghs, l’un d’entre eux, nous a raconté leur aventure.

Quelle est la genèse de BC Architects ?

Nicolas Coeckelberghs : Wes Degreef, Ken De Cooman, Laurens Bekemans et moi-même avons étudié l’architecture à Sint Lucas à Schaerbeek (maintenant sous la KULeuven). Avant même la fin de nos études, nous avons créé l’asbl ‘Brussels Cooperation’ pour réaliser quelques projets tout en poursuivant notre formation en Belgique et à l’étranger.

En 2011, Wes Degreef a gagné un concours susceptible de générer des revenus. Il était donc temps de créer une sprl. Mais l’idée de BC Architects & Studies est vraiment née d’un voyage que trois d’entre nous tout juste diplômés avons effectué au Burundi pour y construire une bibliothèque. Nous avons travaillé sans marché public ni contrat, ni permis. Tout était basé sur la confiance, la coopération avec l’évêché et la communauté locale. Nous ne disposions que de 20.000 € et sur place, en zone rurale, nous avons réalisé que le pays n’étant pas industrialisé, tous les matériaux que nous comptions acheter étaient importés et donc très chers. Il ne nous restait plus qu’à utiliser les ressources locales. Pourquoi ne pas fabriquer des briques avec la terre en améliorant un peu la technique locale, ou utiliser les arbres du voisinage pour les poutres? C’était un peu naïf, mais nous sommes vraiment revenus à la source de notre métier: nous étions architectes mais aussi ingénieurs et entrepreneurs généraux.

Pourquoi l’Afrique ?

N.C. : L’Afrique est une partie du monde en plein développement. Les opportunités y sont autrement plus nombreuses qu’en Belgique. Après cette première expérience, nous avons continué à y développer des projets, certains économiquement viables, d’autres pas vraiment. Nous essayons de mener une fois par an un projet qui ne nous apporte rien en honoraires mais qui apporte énormément en enrichissement. Au Maroc nous avons concrétisé des collaborations avec la Fondation GoodPlanet de Yann Arthus Bertrand comme avec l’université d’Hasselt, et au Bénin avec un autre partenaire encore. Comme nous enseignons tous les quatre à l’université, nous y repérons des jeunes diplômés qui, comme cela a été notre cas, sont en quête d’aventure et d’expériences inédites avant de se lancer vraiment dans la carrière en Europe. Nous les impliquons dans ces dossiers: ils élaborent les plans avec nous ici en Belgique puis suivent le chantier sur place.

Quelles ont été les répercussions en Belgique de cette première mission ?

N.C. : Ce très beau projet a rencontré un écho favorable à notre retour en Belgique. Nous avons réalisé que le processus de développement du projet en tant que tel était aussi intéressant que le projet fini. Nous avons donc créé BC Studies et en avons fait une sorte de laboratoire voué à la recherche sur les matériaux durables et à la sensibilisation à l’utilisation de ces matériaux. Notre deuxième voyage au Burundi a confirmé la complémentarité entre BC Architects et BC Studies, renforcé notre conviction que le processus est aussi important que le produit fini et conforté notre intérêt pour la terre crue en tant que matériau.

Faire la même chose en Belgique s’est imposé comme une évidence. On a organisé un premier workshop et construit un petit pavillon de chasse avant de s’attaquer à des projets plus ambitieux pour le compte d’autres architectes tout en continuant à développer ce processus dans nos propres projets.

BC Architects a de plus en plus orienté ses activités vers le secteur public souvent demandeur d’une réflexion sur la circularité des matériaux, en répondant à de nombreux concours. Pour la commune de Edegem par exemple, nous avons construit un bâtiment avec des briques en terre crue fabriquées sur place. Nous avons aussi remporté un concours organisé par la commune de Tervuren pour une cantine et des vestiaires le long de son terrain de football, et plus récemment, nous avons gagné un grand concours pour Usquare, la rénovation des casernes d’Etterbeek. De son côté, BC Studies continue de s’occuper de sensibilisation, de formation à construction durable ainsi que de reformulation (mise au point de mélanges de terre adaptés à la fabrication de matériau) et d’aide aux autres architectes désireux de construire en terre crue, toujours dans le respect de la philosophie de l’économie circulaire, en utilisant les matériaux et les techniques en accord avec cette pensée.

Cela fait l’originalité de votre démarche ?

N.C. : La concurrence est rude dans notre secteur, surtout si l’on n’a rien pour se démarquer. Cette manière peu conventionnelle mais tout à fait traditionnelle de faire de l’architecture nous apparaît d’autant plus intéressante que la sensibilisation actuelle au durable incite à en revenir aux méthodes ancestrales. Nous nous définissons comme les prescripteurs des bâtiments de demain. Le secteur de la construction est en effet le deuxième secteur le plus polluant au monde après l’industrie de la viande, celui qui exploite le plus de ressources et produit le plus de CO2. Nous avons rapidement compris combien notre expérience africaine était riche en enseignements pour construire intelligemment en Europe et en Belgique.

De quel type de soutien avez-vous pu bénéficier ?

N.C. : Le cluster Ecobuild nous offre l’opportunité de rencontrer d’autres entrepreneurs qui partagent notre philosophie, d’organiser des visites de chantiers très intéressantes et d’affiner la vision de notre entreprise par rapport à notre secteur. Nous faisons aussi partie du cluster en économie circulaire, Circlemade, qui embrasse tout le secteur de l’économie circulaire et est lui aussi très intéressant.

BC Materials est votre nouveau projet pour lequel vous avez gagné l’appel à projet Be Circular en 2017

N.C. : Au fil de nos activités, nous avons constaté que les entrepreneurs avaient besoin de suivi pour effectuer correctement les mélanges de terre que nous préconisions. C’est comme cela qu’est née l’idée de BC Materials, une société coopérative de mélange de terres et de vente de matériaux. Il n’est plus question de vendre une recette mais bien le matériau, le sac de terre que l’artisan va plafonner sur les murs ou compacter pour en faire des murs. Quelques producteurs belges proposent déjà ce type de produits. Mais leur matière première est issue d’une carrière garantissant la sécurité de la provenance et permettant de reproduire le mélange créé initialement.

Nous, nous considérons la ville comme notre carrière. Nous voulons transformer en matériau les terres de natures diverses récupérées lors d’excavations sur les chantiers. C’est inédit dans le Bénélux. On pense que c’est très pertinent pour l’avenir.
Après une phase recherche et développement assez longue, nous espérons donc mettre nos premiers matériaux en vente au printemps 2019.

Que diriez-vous à un futur entrepreneur ?

N.C. : Je lui dirais que s’il croit vraiment à son idée, il doit y aller. Il ne faut pas avoir peur des répercussions financières mais essayer de vivre avec moins pour pouvoir réaliser son rêve.

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