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St'art: quand la culture se marie avec l’économie

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Créé en 2009, le fonds d’investissement St’art a pour mission d’investir – sous forme de participation au capital ou de prêt – dans les PME bruxelloises et wallonnes actives dans le monde des industries créatives. Un monde particulièrement varié puisqu’il va des arts du spectacle à la mode en passant par l’architecture, les arts plastiques, les jeux vidéo ou encore la musique, l’édition, la radio, etc… Interview avec Virginie Civrais, directrice générale de St’art.

En quoi consiste votre métier ?

Virginie Civrais : « St’art investit dans des PME ou des asbl actives dans un secteur finalement assez vaste qu’on résume sous l’appellation « industries culturelles et créatives ». Vaste parce qu’on y retrouve aussi bien les Arts de la scène que l’organisation d’expositions, le développement de jeux video, la création d’applications pour smartphones ou la mode. Mais toutes les sociétés dans lesquelles nous intervenons ont un point commun: elles développent un contenu créatif. Par contraste, nous n’allons pas nous intéresser à une société qui développerait un logiciel pur ; ça, ce n’est pas notre métier. Nous, notre truc, c’est le contenu, innovant bien sûr, qui va souvent de pair avec le développement d’une propriété industrielle et/ou d’une marque. »

Vous intervenez dans des PME ou des asbl. Mais à quel stade de leur vie intervenez-vous ?

Virginie Civrais : « Très tôt. L’essentiel de nos interventions va vers des startup, c’est-à-dire des entreprises de 0 à 3 ans. Mais généralement, nous sommes présents à la naissance même de l’entreprise, voire un peu avant. Cette présence précoce a pour conséquence que nous avons un portefeuille avec énormément de risques. Il nous est par exemple arrivé de soutenir des startup dont le prototype n’était pas encore finalisé ! Cela dit, nous ne finançons pas ce qui peut être financé par ailleurs, comme le financement de la R&D ou de la création d’entreprises (avec mise au point du plan d’affaires etc.). D’autres acteurs ont les compétences nécessaires pour le faire et, généralement, ils sont intervenus avant nous. Nous, ce qui nous intéresse, c’est donner le coup de pouce à la commercialisation du produit ou du service. »

Quelle forme prend généralement votre soutien ? Prêt ? Participation au capital ?

Virginie Civrais : « Les deux. Pour le moment, 30% de nos interventions se sont faites par le biais de participation, 70% sous la forme de prêts, dans tous les cas, bien sûr, après une analyse financière poussée et une décision de notre comité d’investissement qui, en l’occurrence, est le conseil d’administration. »

Y a-t-il une raison particulière qui puisse expliquer ce ratio 30%-70% ?

Virginie Civrais : « C’est le résultat d’un équilibre entre, d’une part, la demande des entreprises elles-mêmes – toutes ne souhaitent pas ouvrir leur capital – et, d’autre part, la stratégie que nous avons définie. Nous ne souhaitons pas immobiliser une partie trop importante de nos moyens financiers dans des prises de participation. »

A propos de moyens financiers… Quels sont-ils ?

Virginie Civrais : « Lorsque St’art a été créé en 2009, la Région wallonne et de la Fédération Wallonie Bruxelles ont mis à notre disposition un capital de 10 millions d’euros. Mais, très vite, il est apparu que cela ne suffirait pas, une recapitalisation nous a permis de monter à 16 millions. Puis, en 2014, Finance.Brussels (ex SRIB) est entrée dans St’art en apportant 1 million. Nous en sommes donc à 17 millions d’euros de capital. »

Et avec cette somme, disposez-vous d’un matelas suffisant pour investir dans les dossiers auxquels vous croyez ?

Virginie Civrais : « Depuis que nos activités ont vraiment commencé, c’est-à-dire depuis 2010, nous avons pris des décisions pour un peu plus de 8 millions d’euros. Sur ce total, 6 millions ont été libérés effectivement. Donc, oui, nous avons encore une marge de manœuvre importante, et elle sera bien nécessaire, non seulement pour financer de nouveaux projets, mais également pour envisager les seconds tours. Il s’agit d’être capable d’accompagner une augmentation de capital dans les entreprises où nous participons déjà au tour de table, mais il faut également envisager la possibilité de monter au capital des entreprises auxquelles nous avons octroyé un prêt au premier tour.

Les sociétés en croissance ont besoin de capitaux tout le temps ! Cela montre aussi que notre objectif n’est pas de faire des opérations « one shot » mais de travailler dans la durée. Sans pour autant nous éterniser ! Ni au travers des prises de participations, ni au travers des prêts (qui sont d’une durée moyenne de 5 ans). Et puis, on n’est jamais tout seuls, nous agissons toujours avec des co-investisseurs privés car nous avons une règle claire : nous souhaitons rester minoritaire dans ces entreprises. »

Quelle est la philosophie qui sous-tend vos interventions ?

Virginie Civrais : « Nous voulons que nos investissements aient un effet de levier. St’art a été créé parce que les entreprises du secteur des industries créatives n’avaient pas un accès facile, voire pas d’accès du tout, aux financements dont elles avaient besoin pour se développer. En quelques années, nous avons construit une bonne connaissance de ce marché particulier. Mieux : le fait qu’un fonds d’investissement comme St’art a cofinancé des projets dans ce secteur a amélioré la perception un peu prudente que certains pouvaient en avoir : les banques, mais aussi les business angels et, aussi, les venture capitalists. Au départ, d’ailleurs, les VC étaient pour ainsi dire absents du secteur mais, là, je constate depuis quelque temps que certains commencent à croire au potentiel économique des industries créatives. Cela signifie aussi que sur certains dossiers, la rentabilité économique est déjà bien visible puisqu’elle attire ces investisseurs. En résumé, nous sommes en train de gagner notre pari sur l’effet de levier que peut jouer un investisseur public dans ce secteur ! »

Après pratiquement quatre années pleine de travail, quel bilan chiffré tirez-vous de votre activité ?

Virginie Civrais : « Nous avons fait une « photographie » de notre activité au 30 juin 2014 : St’art a accepté 53 dossiers de financement ; les fonds ont été libérés pour 34 sociétés. Nous avons enregistré 3 faillites et deux remboursements, ce qui revient à dire que nous avons un taux d’échec de 9,9%, en ligne avec ce que connaissent les fonds d’investissement qui ont une activité comparable à la nôtre et tout à fait honorable, je crois, au regard du contexte économique tendu dans lequel nous vivons depuis notre création. Je dois ajouter que, dans notre propre plan financier, nous avions été prudents en tablant sur un taux d’échec de 25%. On en est loin, et c’est très bien ! Au final, je trouve d’ailleurs que la capacité de résistance de ces industries créatives est plutôt satisfaisante… »

Interview : Adrien Mintiens

 

Plus d’info :

St’art S.A.
6, rue du Onze Novembre
7000 Mons
Tél : 065 39 47 10
info@start-invest.be  

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