Un plongeon dans l’économie bleue

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L’économie bleue ne se contente pas de diminuer l’impact d’une activité sur les écosystèmes, elle ambitionne de les régénérer, de créer des emplois, et tout cela avec des ressources locales et en s’inspirant sur ce que fait déjà la Nature! En bref, il ne faut pas juste un peu moins polluer, il faut arrêter de polluer et repenser la manière dont on fonctionne.

L'origine du concept

Günter Pauli est un entrepreneur belge qui commence à se faire connaître pour son concept d’économie bleue. Il a débuté sa carrière dans l’entreprise Ecover, fabricant de produits de nettoyage à base végétale. Cependant cette expérience lui a appris que l’adoption à grande échelle de ces écoproduits n’avait pas que des conséquences favorables. En effet, elle eut un impact incroyable sur la production d’huile de palme et la disparition de forêts tropicales remplacées par des exploitations de palmier.

Il fallait donc réfléchir à un modèle mieux intégré. C’est ainsi que l’idée de s’inspirer du fonctionnement des écosystèmes lui est parvenu.

Après 3 années de recherche, il a créé la fondation ZERI (Zero Emissions Research Initiative) en Suisse avec la collaboration du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement). Sa mission était l’identification et la mise en place de modèles durables. Le réseau rassemble des esprits créatifs à travers le monde pour mettre au point des projets répondant aux problématiques d’aujourd’hui avec des solutions innovantes. Ces esprits créatifs sont parvenus à répertorier 100 des meilleures technologies directement inspirées de la nature. Ce sont celles-ci qui font l’objet du livre « L’économie bleue, 10 ans, 100 innovations, 100 millions d’emploi. »

Les fondements

Dans son livre, Günter Pauli livre sa vision de l’économie. Prônant le passage de l’économie rouge actuelle - l’économie de marché basée sur une surexploitation des matières premières -  à l’économie bleue en laissant l’économie verte de côté car celle-ci exige de nouveaux investissements de la part des entreprises et attend des consommateurs qu’ils paient plus cher pour des résultats équivalents voire moindres bien qu’en phase avec l’environnement.

Par contre, l’économie bleue ne recycle pas, elle préfère régénérer. Elle créée un écosystème dont les interactions pérennisent l’ensemble du système en offrant de multiples possibilités d’emploi.

L'économie bleue s’inscrit dans la volonté d’un développement durable en évitant les effets pervers rencontrés par l'économie verte. Elle s’en différencie donc sur plusieurs points.

  • Tout d’abord, l'économie bleue rompt avec notre mode de consommation linéaire des ressources et propose un modèle circulaire, à l’instar des écosystèmes naturels dans lesquels les déchets de l'un deviennent les ressources de l’autre. Elle a pour objectif de répondre aux besoins fondamentaux de tous en partant des ressources que nous possédons.

  • Ensuite, l’économie bleue a pour but de créer des produits meilleurs pour la santé et l’environnement mais moins chers que ce que l’on trouve actuellement grâce, notamment, à un système local de production & de consommation ainsi que l’absence de coûts de marketing.

Son objectif est de créer des emplois à partir de nouvelles industries qui suivront les règles de la physique appliquées dans la Nature, « véritable éco-facture en lieu et place de la manu-facture ». Pour ce faire, elle fait appel à des innovations de rupture indispensables pour inverser les tendances actuelles qui visent à produire toujours plus (vendre toujours plus de voitures, de téléphones portables, etc) et sont « coincées » dans une escalade sans fin avec les conséquences qu’on leur connaît sur la raréfaction des ressources et l’impact au niveau du climat. Or il est difficile de remettre le modèle en cause car cela détériorerait des flux de revenus bien en place.

Des projets réalisés

Aujourd’hui, plus de 50 initiatives et projets ont été développés avec succès à travers le monde.

En Afrique par exemple, le marc de café qui était initialement un déchet permet la production de champignons. Plus proche de nous à Bruxelles, le projet apparenté de la société PermaFungi s’en inspire et cherche des halls de production pour se lancer à une échelle plus importante dans la production de champignons sur ce substrat.

L’asticot est un autre exemple extrait du livre qui démontre de l’intérêt de s’inspirer de la Nature pour développer de nouvelles applications.

L’utilisation d’asticots pour guérir les plaies est une pratique ancestrale notamment chez les Mayas et les aborigènes. L’asticot s’attaque aux tissus morts dont il se nourrit empêchant les bactéries de proliférer. Les recherches ont démontré que les asticots produisent des enzymes qui grâce à des micro-décharges stimulent la croissance des cellules. C’est le professeur Stefen Britland de l’université de Leeds qui a isolé ces principes actifs. La production est réalisée par la société ZooBiotic à partir de déchets d’abattoirs. Elle permet de se passer d’antibiotiques.

À Shongai au Bénin, au-delà de la production des principes actifs, les asticots après dégorgement dans de l’eau, sont donnés à manger à des cailles qui pondent des œufs. Une autre partie alimente des poissons qui constituent la base d’une alimentation locale. Les déchets issus des poissons servent d’engrais pour les plantations. On crée ainsi tout un écosystème qui permet également de mettre des gens à l’emploi.

Il ne s’agit ici que de quelques exemples, très résumés. Une myriade d’applications sont détaillées sur ce site.

Pour conclure

Lors d’un passage à Bruxelles, Günter Pauli a livré quelques conseils qu’il souhaitait transmettre aux entrepreneurs, les voici :

  • Innovez par le Business model afin d’augmenter la valeur ajoutée de vos projets ;
  • Changez les règles du jeu de votre secteur pour vous différencier et éviter le dumping social et environnemental ;
  • Réalisez concrètement votre projet par la mise en place d’un projet pilote et de tests réels ;
  • Soyez inspiré et accordez de la place à la créativité ;
  • Soyez prêt à prendre des risques ;
  • Soyez constamment à la recherche de plus-value ;
  • Utilisez ce que vous avez localement (matières premières, énergie ou compétences);
  • Participez à une communauté afin d’échanger et de partager les bonnes idées.

Pour Günter Pauli, ses 100 idées innovantes peuvent créer 100.000 jobs en 10 ans. Faisons en sorte de capter ce potentiel à Bruxelles…

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