Les villes du futur : smart, smarter, smartest ?

Les villes du futur : smart, smarter, smartest ?

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Les villes intelligentes créent davantage d'emplois, sont plus propres, plus flexibles, plus efficientes et plus sûres. Elles sont la clé pour un monde durable sur le plan spatial, social et économique. Les défis sont colossaux, mais intéressants. Où en sommes-nous ?

Plus de la moitié de la population mondiale vit aujourd'hui dans des zones urbaines. D'ici 2050, les villes occuperont des surfaces de plus en plus importantes, et les zones qui remplissent déjà une fonction urbaine devront s'adapter pour ne pas exploser. Le grand défi consistera à rendre les villes viables, intelligentes et durables...

Qu'est-ce qu'une ville intelligente ?

Une « ville intelligente » ou « smart city » est un concept très large qui englobe d'innombrables domaines de la gestion urbaine. Avec le concept de « smart city », l'on entend avant tout apporter une réponse aux problématiques auxquelles sont confrontées les villes en matière d'énergie, d'environnement, de mobilité, mais aussi sur les plans social et économique. Ces problèmes sont dus à :

  • l'urbanisation croissante : vivre dans une ville offre de nombreux avantages, et il n'y a donc rien d'étonnant à ce que de plus en plus de personnes viennent y habiter. L'on estime que les citadins représenteront 75 % de la population mondiale à l'horizon 2050. Un récent rapport des Nations unies a calculé que quelque 40 000 nouvelles villes seront « nécessaires » dans le monde.
  • l'infrastructure inadaptée : la plupart des villes sont incapables de faire face à cette croissance démographique ou y sont mal préparées. McKinsey & Company a calculé que d'ici 2025, les villes devront doubler leurs investissements à hauteur de 20 milliards de dollars par an afin de maintenir leur infrastructure à niveau.
  • la concurrence économique de plus en plus rude : chaque ville doit continuer à trouver de nouveaux moyens afin de rester compétitive et attrayante à l'échelon mondial. Lorsqu'elles recherchent un endroit où s'implanter, les entreprises prennent en effet en considération des aspects tels que la mobilité, la fourchette des salaires ou encore la présence de main-d'œuvre qualifiée.
  • la problématique environnementale grandissante : les villes hébergent la moitié de la population mondiale mais représentent deux tiers de la consommation énergétique et génèrent trois quarts des émissions de CO2. Elles devront donc fixer des objectifs climatiques et environnementaux ambitieux si elles veulent rester viables.

Les villes intelligentes sont donc également des villes où l'adjectif « smart » s'applique à tous les domaines de la gestion urbaine. Cela peut aller de la mobilité intelligente (via un accès au transport multimodal, la planification d'itinéraires cyclables plus sûrs, la gestion des feux de signalisation pour une circulation plus fluide, la détection des places de parking disponibles...) à l'environnement intelligent (suivi en ligne de la qualité de l'air, détection des fuites d'eau, gestion intelligente des eaux pluviales, prévention locale et recyclage des déchets...), en passant par la gestion intelligente de l'énergie (immeubles intelligents, réseau intelligent, compteur intelligent) et l'aménagement intelligent du territoire (multifonctionnalité, intégration d'une politique sectorielle telle que la production d'énergie, le recyclage des déchets, etc. à l'échelle du quartier...), etc. 

La technologie est là

Le concept de « smart city » s'inscrit dans le cadre d'une tendance générale : celle de l' « Internet of Things » (Internet des objets), où les appareils peuvent contrôler leur environnement, transmettre des statuts, recevoir des instructions et effectuer eux-mêmes des actions sur la base des informations reçues. L'ICT fait donc dans une large mesure office de ciment : les données et l'information constituent en effet une nouvelle couche dans la ville. Les automobilistes rouleront bientôt dans des voitures assistées par ordinateur, qui sont également sûres et économes en énergie ; l'asphalte générera de l'énergie lorsqu'une voiture y circulera ; des systèmes d'information à grande échelle vous aideront à trouver une place de parking en évitant les embouteillages via votre système de navigation ; nous effectuerons nos achats confortablement installés à notre PC, et nous mesurerons nous-mêmes la qualité de l'air avec notre smartphone... L'utilisation de la ville connaît dès lors une transformation radicale.

Mais le concept de ville intelligente va toutefois plus loin : une véritable ville intelligente ne considère la technologie que comme l'un des moyens de garantir le succès d'une ville. Le secret d'une ville intelligente prospère réside dans le lien et la collaboration entre les six systèmes qui forment le noyau central au niveau opérationnel pour le développement de la ville :

  • Smart economy (esprit d'entreprise, innovation, productivité, entreprises...)
  • Smart environment (gestion durable de l'énergie et de l'eau, construction, urbanisme...)
  • Smart governance (participation dans la politique, open data, efficience en matière de communication...)
  • Smart living (santé des personnes, sécurité...)
  • Smart mobility (accès multimodal, transport propre...)
  • Smart people (enseignement du 21e siècle, encourager la participation et la créativité...)

Le fait que ces six systèmes fondamentaux sont liés entre eux et doivent être traités en tant que tels, est essentiel dans une « smart city ».

Où en sommes-nous entre-temps ?

Plus de la moitié des villes européennes comptant au moins 100 000 habitants entendent devenir « plus intelligentes » ou se consacrent déjà à des projets concrets afin d'atteindre cet objectif. C'est ce qu'il ressort d'une étude de la commission ITRE (commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie) du Parlement européen.

De toute évidence, il existe aujourd'hui déjà des villes intelligentes au sein des 28 États membres, même si la répartition n'est pas homogène. La Grande-Bretagne, l'Espagne et l'Italie sont les pays disposant du plus grand nombre de villes intelligentes. L'on trouve le pourcentage le plus élevé de villes intelligentes par rapport au nombre total de villes par pays en Italie, en Autriche, au Danemark, en Norvège, en Suède, en Estonie et en Slovénie. Selon le rapport, les villes intelligentes les plus prospères sont Amsterdam, Barcelone, Copenhague, Helsinki, Manchester et Vienne.

Quand on cherche des exemples de villes intelligentes, on constate qu'il existe de nombreux projets portant essentiellement sur les thèmes de la mobilité et de l'accessibilité. Mais si l'on cherche mieux, on trouve également des projets visant à augmenter la sécurité et la qualité de vie, à améliorer l'accessibilité (Gand), à stimuler l'énergie durable, à résoudre ou à contourner des processus rigides, ou encore à encourager la participation citoyenne, etc. Il est important que la plupart des projets disposent d'une autorité active, que celle-ci soit initiatrice ou facilitatrice.  

Encore beaucoup d'obstacles

Les villes intelligentes sont relativement nouvelles en tant qu'objectif stratégique. La connaissance est encore en plein développement. Le fait est que l'absence d'une définition univoque, d'une vision à long terme mais aussi de financement, de participation citoyenne, d'expertise ICT et de savoir-faire en matière de prestation de services intégrée, entrave fortement l'implémentation à grande échelle. Il existe en outre très peu d'évaluations objectives des projets de villes intelligentes. C'est pourquoi il est utile de contrôler les nouvelles connaissances et de les rendre disponibles pour la pratique. Cela s'opère en partie sur la plateforme Smart Cities de la Commission européenne ou sur d'autres plateformes telles que Connected Smart Cities ou les plateformes locales développées par les villes elles-mêmes. Le site d'IBM mentionne également de nombreuses initiatives menées aux quatre coins du monde.
Mais nous pouvons d'ores et déjà « prédire » que la collaboration sera indiscutablement la clé pour des villes plus intelligentes.

Qu'en est-il de Bruxelles ?

Lorsque l'on compare Bruxelles à d'autres villes, il est clair que nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir :

  • Indice Smart city (Agoria, 2013) : Bruxelles, 16e place en Belgique (critères : énergie, environnement, mobilité, urbanisation, ICT) ;
  • Indice Green city (Siemens, 2009) : Bruxelles, 9e place parmi les capitales européennes.

Mais Bruxelles ne se repose pas sur ses lauriers. La région travaille depuis de nombreuses années déjà sur ce concept, principalement via la planification territoriale et sectorielle. Le Plan régional de Développement durable (PRDD) mais aussi d'autres instruments tels que le plan déchets, le plan bruit, le plan propreté, le plan gestion de l'eau, le plan transport de marchandises, le plan mobilité Iris II, l'obligation de rendre passives toutes les nouvelles constructions à partir de 2015... sont des exemples qui témoignent de l'ambition de Bruxelles de devenir une ville durable.

À cela s'ajoute la candidature de la région au concours des villes durables pour 2015 et le désir de réconcilier économie et environnement via l'Alliance Emploi-Environnement à l'initiative du gouvernement... sans oublier que la région veut consacrer les ressources du programme FEDER 2014-2020 à une économie circulaire et à des circuits courts basés sur les atouts locaux (matières premières secondaires, capital humain, etc.).

Le fait qu'en mars 2014, IBM ait désigné la Région de Bruxelles-Capitale comme l'un des lauréats de son concours « Smarter Cities Challenge » annuel, est en tout cas une aubaine. À l'occasion du Smarter Cities Challenge, des villes des quatre coins de la planète ont concouru pour le soutien et l'expertise d'IBM dans la réalisation de projets concrets au profit de leurs communauté et population locales.  Au total, 16 villes pourront bénéficier cette année de ce programme de soutien spécial. Toutefois, Bruxelles, avec Dublin (Irlande), est la seule ville européenne à compter parmi les gagnants. IBM entend se pencher plus particulièrement sur le problème de mobilité de Bruxelles.

En ce qui concerne les acteurs locaux, Bruxelles compte une vingtaine de PME actives dans le secteur ainsi que la fédération Agora et ses membres qui travaillent assidûment sur le thème (Agoria Smart Cities Community).

Début 2014, la Commission européenne a lancé une « invitation à déclarations d'intention » dans le domaine des villes intelligentes. Mais Innoviris, l'administration régionale de la recherche, du développement et de l'innovation, prépare elle aussi le lancement d'un appel à projets en matière de Smart City Mobility.

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